Rocket Lab a contesté la décision de NASA de choisir Blue Origin pour l’appel d’offres « Mars Telecommunications Network ». NASA a attribué à Blue Origin un contrat d’une valeur de 700 millions de dollars portant sur un engin spatial qui sera développé, lancé et exploité sur Mars. Vendredi, Rocket Lab a saisi le US Government Accountability Office, affirmant que la décision était contraire aux critères d’éligibilité imposés par le Congrès et que l’évaluation de sa proposition technique avait été punitive et incohérente. Blue Origin a pour sa part indiqué que la contestation pourrait retarder le lancement prévu en 2028 et que, compte tenu des fenêtres de lancement limitées vers Mars, le déploiement en temps voulu d’une capacité de communication essentielle risquait d’être compromis.
Le programme a été créé grâce au financement supplémentaire accordé à NASA dans le cadre du « One Big Beautiful Bill », adopté par le Congrès en 2025. Accueillie favorablement en raison du vieillissement des sondes orbitales martiennes, cette disposition a été élaborée sous la direction du sénateur Ted Cruz (R-Texas). Le texte exigeait que le prestataire soit sélectionné parmi les entreprises américaines ayant reçu en 2024 ou 2025 des fonds de l’administration pour des études de conception commerciales liées à Mars Sample Return et ayant proposé un orbiteur de télécommunications martien distinct, lancé indépendamment et soutenant une mission de retour d’échantillons de bout en bout. Dans ce cadre, Rocket Lab, Blue Origin, L3Harris, Lockheed Martin, Northrop Grumman, SpaceX, Quantum Space et Whittinghill Aerospace étaient des candidats éligibles.
Selon des sources de Capitol Hill, l’expression « de bout en bout » visait à avantager la proposition de Rocket Lab ; dans sa mise à jour destinée aux investisseurs de Q2 2025, l’entreprise estimait d’ailleurs être la seule à avoir soumis une offre éligible. Le bureau de Cruz était responsable du texte général, tandis que le sénateur Roger Wicker (R-Miss.) était responsable des dispositions relatives à ce programme.
Les raisons pour lesquelles NASA a choisi la technologie Blue Ring de Blue Origin restent floues. Il est indiqué que l’agence n’a peut-être pas eu confiance dans la capacité de Rocket Lab à achever son engin spatial et la fusée Neutron d’ici fin 2028, ou qu’elle a pu juger Blue Ring mieux adapté à ses besoins. Toutefois, près de deux semaines après la décision, NASA n’a toujours pas publié le document « source selection statement » exposant les motifs techniques.
Le processus reste entouré d’incertitudes en raison des propositions techniques, des manœuvres politiques et des échanges acerbes entre les deux entreprises sur les réseaux sociaux. Cet appel d’offres constitue le premier cas où NASA confie à une entreprise américaine, dans le cadre d’un contrat à prix fixe, le développement et le lancement d’engins spatiaux ainsi que l’exploitation d’un réseau autour d’une autre planète. Pour l’heure, Blue Origin bénéficie d’un avantage de précurseur dans les futures missions d’exploration du Système solaire de NASA.
Pourquoi est-ce important ?
Le litige constitue un contrôle de marché public portant sur les critères selon lesquels doit être mise en place la capacité de communication nécessaire face au vieillissement des orbiteurs martiens. L’examen de GAO porte principalement sur la manière dont NASA a interprété les conditions imposées par le Congrès aux entreprises américaines ayant reçu des financements en 2024 ou en 2025, ainsi que sur la cohérence de son évaluation technique. Le fait que le document source selection statement contenant les motifs de la décision n’ait toujours pas été publié près de deux semaines plus tard laisse ouverte la question des éléments techniques qui ont été déterminants entre Blue Ring, d’une part, et l’engin spatial ainsi que la fusée Neutron de Rocket Lab, d’autre part. Le fait que le modèle à prix fixe confie pour la première fois à une entreprise américaine le développement, le lancement et l’exploitation d’un réseau autour d’une autre planète relie également le résultat, au-delà des candidats actuels, à l’approche de NASA en matière de partenariats commerciaux pour l’exploration du Système solaire.
Contexte
NASA n’est pas un nouveau nom dans les archives de FikirPilot : au cours des 90 derniers jours, nous avons publié 32 articles mentionnant ce nom ; le plus récent date du 14 septembre 2026.