Dans *Anatomie d’une chute* (2023), le mariage de Sandra et Samuel se construit sur la tension entre ce qui est visible et ce qui n’est pas dit. Alors que le film se concentre sur le procès de Sandra, il ne nous permet pas de connaître Samuel ; la question de savoir si sa mort est un meurtre, un suicide ou un accident reste ouverte. Le texte défend la thèse du suicide de Samuel : Sandra ne l’a pas tué physiquement, et il n’est pas non plus tombé accidentellement. Le fait que Sandra ait trouvé Samuel dans son vomi 6 mois plus tôt et qu’elle ait vu des résidus de comprimés renvoie à une ancienne tentative de suicide. Lors du trajet en voiture dont Daniel se souvient, Samuel dit que Snoop pourrait tomber malade et mourir, et qu’il devait s’y préparer ; Daniel rapporte ce souvenir au tribunal. Pris entre les conflits de ses parents, Daniel porte le poids du film. Environ 20 heures avant sa mort, Samuel se dispute avec Sandra ; il dit que sa vie lui échappe à cause des soins à apporter à Daniel et du roman qu’il n’arrive pas à écrire. Le lendemain matin, l’interview de Sandra avec la jeune femme devient impossible à poursuivre en raison de la musique qui monte de l’étage supérieur ; la jeune femme s’en va, et Daniel sort avec Snoop. Samuel n’apparaît pas dans le cadre, mais sa colère se fait entendre à travers la musique.
Pourquoi c’est important
Cette lecture permet d’évaluer l’incertitude juridique au cœur du film non seulement à travers la culpabilité de Sandra, mais aussi à travers l’impasse invisible de Samuel. Ainsi, le conflit conjugal, la responsabilité des soins et le blocage créatif sont envisagés conjointement pour comprendre l’arrière-plan d’une mort qui ne peut être rattachée à une conclusion certaine. La mémoire et le témoignage de Daniel le transforment quant à eux, de simple enfant rapportant les événements, en personnage central contraint de donner un sens à la tension entre ses parents. Le fait que Samuel soit maintenu hors champ et que sa colère soit rendue perceptible par la musique montre que le film construit la connaissance de ses personnages davantage à travers les absences et le son qu’à travers l’image. Toutefois, la question de savoir si les indices présentés prouvent le suicide ou s’ils ne font que renforcer l’une des explications possibles reste ouverte.