Depuis des années, des milliers de Kényans qui gagnaient leur vie en rédigeant des devoirs et des articles pour des étudiants à l’étranger ont commencé à perdre leur emploi avec le développement de l’intelligence artificielle. S’adressant au New York Times, Teresios Bundi, âgé de 34 ans, a raconté qu’il s’était lancé dans cette activité après avoir déménagé à Nairobi en 2011, qu’il avait gagné 7 dollars en trois heures lors de sa première mission et qu’il avait rédigé plus de 2 mille 500 articles en 12 ans. Titulaire d’un diplôme de santé publique obtenu en 2015, Bundi a déclaré que la rédaction lui rapportait au moins 5 fois plus que son domaine de spécialisation.
Des chercheurs estiment qu’au moins 40 mille personnes exercent cette activité à Nairobi. Cependant, la demande a diminué après le lancement de ChatGPT par OpenAI en 2022. Des Kényans qui transcrivaient des réunions, modéraient des contenus sur les réseaux sociaux et étiquetaient des données ont également perdu leur emploi. Dans un pays où plus de 100 mille étudiants universitaires obtiennent leur diplôme chaque année, environ 80 % des emplois relèvent de l’économie informelle et le chômage des jeunes dépasse 25 %. Certains anciens rédacteurs travaillent comme « humaniseurs », tandis que Bundi soutient les jeunes dans l’économie numérique.
Pourquoi c’est important
Cette évolution montre que l’impact de l’intelligence artificielle ne se limite pas aux entreprises technologiques et qu’il se répercute directement sur les sources de revenus des jeunes diplômés et des travailleurs indépendants au Kenya. Dans un pays où l’emploi informel est largement répandu et où le chômage des jeunes est élevé, le recul de la rédaction de devoirs ne signifie pas seulement la disparition d’un groupe professionnel : il réduit également les possibilités de subsistance des jeunes diplômés. Le recul des emplois liés à la transcription de réunions, à la modération de contenus et à l’étiquetage de données révèle qu’une pression similaire s’étend à différents domaines du travail numérique. Si l’orientation d’anciens rédacteurs vers l’humanisation de textes générés par l’intelligence artificielle signale l’émergence d’un nouveau domaine d’activité, la question de savoir combien de personnes il permettra de faire vivre régulièrement et vers quelles options se tourneront celles qui ont perdu leur emploi reste ouverte.